Climat : dernière réunion du GIEC avant les négociations internationales
Catégorie : Climat
L’année 2007 est, définitivement, l’année du climat. Les 3 précédents rapports du GIEC (dont le président, Rajendra Pachauri, a reçu le Prix Nobel de la paix avec Al Gore) ont alimenté, tout au long de l’année, le débat et la prise de conscience sur la certitude du réchauffement climatique et de ses conséquences. Après une première réunion à Paris en janvier, qui avait posé « les bases scientifiques et physiques » du réchauffement, le groupe II du GIEC a validé, au mois d’avril à Bruxelles, le rapport intitulé « Impacts, adaptation et vulnérabilité », établissant les conséquences humaines, économiques et environnementales du réchauffement. Puis, en mai à Bangkok, le groupe III a défini des recommandations pour parvenir à « l’atténuation des changements climatiques ». Le consensus n’est pas allé de soi tout au long des négociations sur ces rapports, dont quasiment chaque mot a été pesé. Le rapport sur les impacts, notamment, a fait l’objet de fortes pressions politiques, les Etats-Unis ayant une nouvelle fois éludé tout accord contraignant sur la réduction des émissions de gaz à effet de serre, en indiquant qu'ils ne s'engageraient pas tant que la Chine ou l'Inde ne prendraient pas des mesures semblables. Les négociations s’étaient alors cantonnées à la promotion de l’efficacité énergétique et des nouvelles technologies, telles la séquestration et le stockage de carbone.
La troisième réunion, à Bangkok, s’est en revanche achevée sur un consensus plus large. Les Etats ont reconnu que les politiques actuelles étaient insuffisantes pour stabiliser les émissions de GES. Le GIEC explique en effet qu'après un "pic" en 2015, les émissions doivent impérativement redescendre à 50% des niveaux actuels observés. Dans le cas où les combustibles fossiles maintiendraient leur position dominante jusqu'en 2030 et au delà, leurs émissions de CO2 pourraient croître jusqu'à 110%. " Les efforts d'atténuation dans les 20 à 30 prochaines années auront un large impact sur les possibilités d'atteindre des niveaux plus bas de stabilisation", a indiqué alors Ogundale Davidson, vice-président du groupe de travail du GIEC. Quelque 6 milliards de tonnes d’équivalent CO2 pourraient en effet être évitées par des mesures à « coût négatif » d’ici à 2030, soit 7 à 12% des émissions attendues à cet horizon.
+90% d'ici 2030 ?
Sans actions déterminantes d’ici 2030, l’augmentation des émissions pourrait atteindre jusqu'à 90% à cette échéance, par rapport à 2000. Et dans l’hypothèse où les combustibles fossiles maintiendraient leur position dominante jusqu'en 2030 et au delà, leurs émissions de CO2 pourraient croître jusqu'à 110%. Conséquences : d’ici 2100, le réchauffement sera compris entre 1,1°C et 6,4°C, selon les politiques menées. Publiée fin octobre, une étude américaine est venue confirmer l’un des pires scénarios du GIEC (voir article lié). Publiée par l'Organisation pour la recherche scientifique et industrielle du Commonwealth (CSIRO), elle révèle que les émissions de CO2 issues des énergies fossiles connaissent une croissance qui est passée de 1,1% par an dans les années 1990 à 3% depuis les années 2000. Près de 8 millions de tonnes de carbone ont été rejetées dans l'atmosphère en 2005, contre 6 millions il y a 10 ans. En cause, la croissance de l’économie mondiale qui contribue pour 65 % à l’évolution des niveaux de CO2 dans l’atmosphère, affirment les auteurs de l’article. Alors que dans les années 90, le taux de carbone de l’économie mondiale s’améliorait (0,35 kg de carbone par dollar en 1970 et 0,24 kg de carbone par dollar en 2000, la tendance s’inverse depuis, avec un rythme de +0,3% par an. Dans leurs conclusions, les auteurs de l’étude rejoignent le bilan du GIEC : les efforts des Etats, à court terme, seront déterminants.
Moyens économiques et technologiques
Pour atteindre des objectifs ambitieux (contenir le réchauffement entre 2°C et 2,5°C d’ici 2100), le GIEC a estimé que le produit intérieur brut (PIB) diminuerait de moins de 3% en 2030 et de moins de 5% en 2050 par rapport à la valeur qu’il atteindrait sans politique climatique. Selon les experts, la réduction des émissions de GES est donc économiquement et technologiquement réalisable. Nicholas Stern, l'ancien président de la Banque mondiale, affirmait quant à lui, dans son rapport d'octobre 2006, qu'agir aujourd'hui couterait 1% du PIB mondial d'ici 10 ans mais qu'en revanche, agir demain couterait 5% à 20% du PIB mondial. L’économiste évalue à 6,8 trillions de dollars le coût du réchauffement climatique si les choses restent inchangées. Enfin, l'Association des assureurs britanniques (ABI) a déjà averti que les coûts mondiaux des tempêtes dues au changement climatique augmenteront probablement de 75% pour atteindre 27 milliards de dollars par an dans les 70 prochaines années. D'ici 2040, le coût moyen des ouragans passera pour les seuls Etats-Unis de 9,5 milliards de dollars à 11,4 milliards. Lors " d'une mauvaise année ", les ouragans aux USA coûteront quelques 71 milliards de dollars d'ici 2040....
Récemment, Lester Brown, directeur du WorldWatch Institute et initiateur du concept d’éco-économie, propose quand à lui différentes mesures dans son dernier ouvrage intitulé « Le plan B : pour un pacte écologique mondial ». Il estime que ses propositions, très concrètes, coûteraient 68 milliards de dollars pour éradiquer la pauvreté, et 93 pour préserver la planète. Soit un total de 161 milliards de dollars, à peine le sixième des dépenses militaires mondiales annuelles.
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