S'il existe un sujet controversé en science du climat, c'est bien celui des projections quant à l'ampleur de l'élévation du niveau des océans. Si je me fie aux nombreux courriels reçus, le sujet inquiète, et pour cause. Nous entendons toutes sortes de scénarios sur l'avenir de la planète, sur le niveau des mers qui pourrait augmenter de façon cataclysmique au cours du prochain siècle.

Al Gore, ancien vice-président des États-Unis et corécipiendaire du récent prix Nobel de la Paix, a dû faire face à de nombreuses critiques à ce sujet au cours de l'année. Qu'en est-il réellement? Les opinions varient considérablement, et j'ai décidé de demander au Dr Louis Fortier, spécialiste de l'Arctique et du climat, de faire la lumière sur cette épineuse question.

Je le répète, Louis Fortier n'est pas un écolo engagé, mais plutôt un scientifique reconnu sur la scène internationale. Comme tout homme de science, il y va de pronostics plutôt modérés, mais les observations des scientifiques sur le terrain permettent de réviser et d'actualiser les prévisions des modèles climatiques.

Ces modèles, récents, annonçaient une hausse du niveau des mers d'à peu près 50 cm au cours du prochain siècle. Encore une fois, les scientifiques constatent que les modèles ne suivent pas la réalité observée sur le terrain. Il faudra plutôt s'attendre, de façon réaliste, à une hausse de 1 m à 1,20 m pour le prochain siècle, ce qui représente plus du double des prévisions, pourtant récentes, des modèles climatiques préparés par les experts du climat.

Et encore, ces nouvelles données pourraient bien être rapidement mises au rancart, selon le récent rapport intitulé Perspectives mondiales en matière d'environnement (GEO-4), publié ce mois-ci par le Programme des Nations unies sur l'environnement.

Ce rapport, préparé par 390 experts mondiaux et révisé par plus de 1000 autres spécialistes de la planète, insiste sur l'accélération rapide de la fonte observée au niveau de la calotte glaciaire du Groenland. Selon eux, si les gaz à effet de serre continuent d'augmenter au rythme actuel, «la température du Groenland risque de dépasser le point de basculement qui pourrait causer la fonte de la calotte glaciaire, faisant monter le niveau des mers de sept mètres».

Bon, que penser de tout cela? Une certitude demeure: les modèles climatiques sont déjà dépassés. Dans le meilleur des scénarios, l'augmentation du niveau des mers sera de 1 m à 1,20 m pour le prochain siècle, ce qui aura déjà des conséquences dévastatrices sur les côtes, où vit plus de la moitié de la population mondiale.

Et si l'on se fie à la tendance actuelle observée sur le terrain, les prévisions quant au niveau des mers pourraient bien continuer de grimper. Combien? Deux, trois, quatre mètres ou jusqu'à sept, à plus long terme, comme le laissent entendre près de 1500 spécialistes du climat? Difficile à dire. La science du climat est une science récente et imparfaite.

Mais une chose est certaine, nous ne pouvons pas courir le risque de voir cette situation menaçante perdurer. Il nous reste encore du temps pour voir venir, mais il faut agir, et agir rapidement.

Selon tous les scientifiques, l'avenir de la planète sera largement déterminé par les décisions que les individus et la société prennent actuellement: «Notre avenir commun dépend de nos actions aujourd'hui, pas demain ou à un moment du futur.»

Or, selon le plus récent bilan mondial élaboré par l'ONU, jamais les pays riches n'ont autant pollué, avec un record absolu en 2005 de gaz à effet de serre rejeté dans l'atmosphère, en hausse de 11% depuis 1990. Pour la même période, au Canada, ce fut 25,3% d'augmentation!

L'Europe, qui fait figure de premier de classe sur la planète, demandera donc officiellement au Canada, lors de la rencontre internationale de Bali, le mois prochain, de réduire ses émissions de 30% sous le niveau de 1990 d'ici 2020. La réponse du gouvernement du Canada ne s'est pas fait attendre: au nom de la démocratie, de l'économie, du pétrole, du gaz et des sables bitumineux, notre gouvernement a tranché: non, pas question!

Pourtant, un récent sondage international de la BBC montre que les Canadiens sont parmi les peuples les plus déterminés à combattre le réchauffement de la planète. Qu'ils sont même résignés à payer une taxe sur le carbone pour apporter leur contribution pour l'environnement. Mais le gouvernement a déjà décidé pour eux.

Ce gouvernement, qui dépense, au nom des Canadiens, des dizaines de milliards par année pour son budget militaire, dit ne pas avoir d'argent pour investir en environnement.

Les efforts des autres pays phares, comme l'Angleterre, l'Allemagne ou encore la Suède, qui prennent déjà des mesures pour améliorer le sort de la planète tout entière, risquent d'être noyés par l'inaction du Canada, qui continue d'agir au nom d'une certaine économie et d'une certaine démocratie